

Le légendaire pays des milles et une nuit n’était pas au cœur de l’antre kabyle. La guerre est là, partout, les villes sont fermées, les villages Berbères évacués, les routes et les têtes coupées, les voitures et les trains sautent sur les mines. Les convois militaires et les postes isolés sont attaqués par les forces du F.L.N.
Aux confins de ce monde : là où s’embusquaient les égorgeurs du F.L.N, jour après jour, sans relâche, et quel que soit le climat les hommes au visage sale se lancent courageusement à la poursuite des moudjahiddines.
Nous patrouillions de jour et de nuit sur toute l’étendue du territoire Kabyle. Nous restions parfois trois ou quatre jours dans le même secteur, puis nous le quittions pour surgir brusquement là où nous n’étions pas attendus.
Notre tâche quotidienne consistait à traquer l’ennemi invisible, à participer aux opérations de quadrillage et ratissage de secteur, dresser des embuscades, effectuer des missions d’observation dans les lignes ennemies, faire des coups de poings et des coups tordus, rechercher des caches d’armes et des abris, contrôler et pacifier la population berbère ainsi que des missions de police. Le match qui se disputait ressemblait à une tragédie antique où le mot « paix » n’avait de sens ni pour les uns, ni pour les autres. Ici, seule la loi du talion a droit de cité : tuer avant d’être tué. Tirer sur tout ce qui bouge et faire les sommations ensuite.
De cette façon, l’ennemi était tenu en haleine permanente et se terrait dans leur refuge. Ainsi, le F.L.N. en Grande Kabylie fut vaincu par l’armée française.
Dans cet univers de fou, jour après jour, impitoyable envers nous, la guerre volait notre jeunesse. Mourir d’amour ! Quelle belle guerre à gagner.
La section de combat a ses vedettes, ses attributs, ses mœurs et ses pathologies. Mes compagnons forment le carré de mon existence dans le djebel kabyle. J’aime nos côtés imparfaits. Il y a beaucoup de caractères bien trempés, ils sont complexes, ni tout blanc, ni tout noir, mais parmi eux, aucun ne quitte le navire quand il sombre.
Un soldat ne trouve son salut qu’au sein de son clan. Dans ce monde rempli de violence, quel réconfort d’avoir autour de soi de tels baroudeurs, et dans le secret de chaque coeur, palpite la nostalgie du foyer et de la mère.







